Le bio et ma mère - Jesse Allen

Mon blogue

Le bio et ma mère

Le bio et ma mère - Jesse Allen

Un magasin de produits bio a ouvert près de chez ma mère, il y a à peu près deux ans. Depuis, sans s’en rendre compte, elle est devenue une adepte de ces produits. Il y a chez elle, un malin plaisir à rentrer dans ses magasins, et fouiner pendant des heures, comme le ferait un archéologue des pyramides à la recherche du petit produit extra, qui aurait un certain petit quelque chose le rendant plus magique qu’un autre, et aidant à faire le petit plus dans la vie, qu’on ne pourrait pas faire sans. En fait, elle s’est persuadée facilement que quelque part dans une des boîtes de ces magasins, se trouve la pilule miracle qui l’attend depuis toujours. Mais ce qui est le plus drôle, c’est qu’elle s’est prise à ce jeu presque trop sérieusement sans s’en rendre compte. À la simple pensée que cette mode du carrément tout bio, aidé d’une dizaine de pilules, chacune possédant la formule indispensable pour le bien-être de soi et de son corps, ne soit en fait qu’une énième ruse des laboratoires pharmaceutiques n’est pas du tout bon à lui souligner. Ce qui est le plus inquiétant, c’est de savoir qu’elle y retourne chaque semaine, et qu’elle y passe à chaque fois près de trois heures à regarder incessamment les mêmes produits, comme si la lecture de la posologie produisait à elle seule, des miracles.

Cet après-midi, je recevais un coup de fil de ma chère maman, me demandant de l’accompagner dans un de ces soi-disant magasins bio. Je compris très vite que son porte-monnaie devait siffler un sacré courant d’air. Je refusais sans m’étaler sur des explications inutiles. Elle frappa à ma porte deux heures plus tard avec une bouteille de gélules vide. Elle me demanda de regarder son visage et me montrait avec insistance les bienfaits des gélules servant aux acide hyaluronique. Elle n’en avait plus. Il lui fallait absolument une nouvelle bouteille. Au bout de plusieurs minutes de négociations, j’acceptais de l’accompagner en ayant pris soin de lui faire jurer que l’on ne sortait que pour acheter son fameux produit miracle. Elle jura que cela ne prendrait pas plus de cinq minutes. Une fois à l’intérieur du magasin, les cinq minutes devinrent très élastiques. Je restais debout près de la caisse, ruminant ma lassitude en l’écoutant décrire chaque produit. Elle avait les yeux écarquillés, comme un enfant dans un magasin de jouets. Elle au moins, avait trouvé son petit paradis.