Un autre genre d’héritage - Jesse Allen

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Un autre genre d’héritage

Un autre genre d’héritage - Jesse Allen

Après plus de 15 ans d’absence, mon père revenait vers nous. Cela faisait un moment que j’avais quitté le domicile familial. Seule ma plus jeune sœur, était restée avec ma mère dans l’ancien appartement. Un jour, il était parti, comme le font beaucoup d’hommes, alors qu’il avait dit à ma mère qu’il allait s’acheter un paquet de cigarettes. Il n’était jamais revenu depuis. Il était allé vivre dans plusieurs pays d’Amérique latine, où il s’était marié avec une autre femme, et avait eu d’autres enfants. Pendant tout le temps de son absence, ma mère n’avait pas pu se remarier, étant donné qu’il n’y avait aucune preuve de son décès.

Elle avait accepté de le recevoir, après qu’il ait téléphoné deux jours plus tôt, et m’avait demandé d’être là pour écouter ce qu’il avait à nous dire. Il était malade, et était condamné à ne vivre pas plus de six mois. Il avait décidé avant de passer l’arme à gauche, et essayait de réparer toutes ces erreurs, en nous proposant, à ma sœur et à moi, de bénéficier de la plus grande part de son patrimoine. Il y avait selon lui de quoi vivre plusieurs décennies sans problème, à condition que la gestion soit bien faite. Au moment où je l’écoutais, je ne voyais vraiment pas pourquoi j’aurais admis et accepté de prendre en charge la gestion du patrimoine d’un père qui avait totalement disparu de mon esprit. Je laissais libre choix à ma sœur de prendre sa décision tout en lui annonçant qu’il serait préférable pour elle de ne rien accepter.

Le jour de son enterrement, ma mère nous obligea ma sœur et moi de nous habiller et de l’accompagner pour faire nos adieux à notre géniteur. Pendant que le cercueil disparaissait au fond du trou, je regardais fixement en face de moi, mon demi-frère que je ne connaissais ni d’Eve, ni d’Adam. Lorsque la cérémonie fut finie. Il s’avança vers nous pour nous saluer. Je ne savais si sur son visage la tristesse était pour son père, ou parce qu’il venait de connaître notre existence. Nous décidions, ma sœur et moi, d’aller prendre un verre avec lui, pour discuter. Quelques jours plus tard, après avoir fait plus ample connaissance avec ce jeune frère, je finissais par comprendre que le destin m’avait fait hériter d’un bien encore plus solide qu’un patrimoine foncier ou autre. Je finissais après cela par pardonner à notre père.