Un drame évité - Jesse Allen

Mon blogue

Un drame évité

Un drame évité - Jesse Allen

J’avais pour voisine, une femme qui avait trouvé un emploi infirmiere dans le quartier. Elle était indépendante, et partait tous les matins faire sa tournée de toutes les personnes habituelles, à qui elle devait prodiguer des soins. Elle rentrait le soir assez tard, car me disait-elle, elle devait veiller à ce que certaines personnes âgées aient pris leur médication pendant leur repas. Elle revenait souvent très fatiguée et éreintée de sa journée. La chose qui lui faisait le plus de bien, était lorsque je frappais à sa porte avec une bière fraîche à la main, et que je la laissais me raconter ses journées, jusqu’à tard le soir.

Un jour, sa fille s’installa chez elle. Elle venait d’accoucher, et se séparait en même temps de son copain. Cette dame infirmière que je voyais presque tous les jours avec un regard plutôt ferme parlant sur un ton plutôt sec provoqué par l’usure de son métier devenait une mamie d’une tendresse infinie lorsqu’elle était proche de son petit-fils. Je ne lui rendais plus de visites. Elle avait de quoi s’occuper maintenant depuis le retour de sa fille. Celle-ci aussi avait choisi comme métier, d’être une infirmière. Il n’était pas rare que l’on me demande de veiller sur le petit, le jour où elles étaient toutes les deux obligées de sortir rejoindre leurs patients. C’était un plaisir de leur rendre service.

Deux ans plus tard, nous partagions encore le même palier. La fille de la dame était encore restée avec son fils. Je l’avais vu grandir et évoluer à une vitesse vertigineuse. Il faisait autant partie de ma vie que de la leur. Un soir, alors que je venais tout juste de rentrer, la fille appela au secours sa mère pour l’assister à propos de son fils. Il avait avalé de travers un morceau de viande et risquait de s’étouffer. Je les entendais paniquer à travers le mur et compris très vite qu’il fallait que j’aille les aider. En rentrant chez elles, je trouvais la fille assise à se lamenter les mains sur le visage pleurant à chaudes larmes. La mère faisait de son mieux pour réanimer son petit-fils et essayait de lui faire extraire ce qui l’empêchait de respirer. En les voyants, toutes les deux désarmées, je fis ce que mon instinct m’ordonna ce moment-là. Je prenais le petit, lui frottais vivement le dos, puis je lui relevais la tête en tapant fort sur son dos. Il recracha le morceau de viande, et inspira fortement en toussant. Il se mit à pleurer fort. Sa mère me le prit des bras, pour le consoler. La grand-mère me prit dans ses bras sans dire un mot. Je remerciais le ciel d’avoir hérité d’un instinct qui m’avait permis d’éviter un drame.