Une histoire difficile à oublier - Jesse Allen

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Une histoire difficile à oublier

Certains disent qu’il n’est pas bon pour des époux de travailler dans la même entreprise. C’était pour moi une idée reçue parmi d’autres. Sauf que l’expérience m’a fait changer d’avis. La compagnie où ma femme et moi travaillons est l’une des filiales québécoises d’un grand groupe dont le siège social est établi à Toronto. Mon épouse est la directrice du département en charge de la sécurité informatique. Nous sommes une dizaine dans notre équipe. En tout cas, le fait que ma femme soit ma supérieure hiérarchique aura terni ma relation, pas avec elle, mais avec mes collègues.

Le début d’un engrenage

Le principe veut qu’en cas de faute, je sois sanctionné de la même manière que tous les autres salariés. Si mon épouse se montrait un peu trop tolérante à mon égard, elle ne serait pas seulement décriée comme étant laxiste, ce serait son autorité et sa crédibilité à l’égard de mes collègues qui seraient remises en cause. Alors, lorsque chaque matin, elle me dit « fais attention ! », c’est pour me conseiller de ne pas faire de vague. Mais un beau jour, plusieurs erreurs ont pratiquement paralysé notre département. L’enquête interne a révélé qu’il s’agissait d’une erreur collective. Mais mon épouse a fait appel à des auditeurs externes, lesquels ont conclu que nous n’avions pas le même degré de responsabilité. Nous sommes deux à n’avoir reçu qu’un avertissement verbal. Six autres ont reçu un avertissement écrit, et deux ont été suspendu pendant deux semaines.

Une directrice fusible

Sans surprise, mon épouse a été accusée de traitement de faveur. Les huit techniciens les plus gravement sanctionnés ont signé une pétition et menacé de faire la grève. Ils ont clairement dit que si la directrice du département n’était pas congédiée, ils se mettraient en arrêt maladie longue durée. L’entreprise ne pouvait évidemment pas se permettre que la sécurité au niveau de notre plateau soit menacée de la sorte. D’autant que des discussions avec une entreprise de planification fiscale Québec avaient cours, dans le but d’étudier la faisabilité de projets qui devront recevoir l’aval des actionnaires. Au cours de la semaine, j’étais convaincu qu’ils allaient congédier mon épouse et mettre un terme à sa carrière. La question était effectivement sur la table. Alors j’ai demandé un soir à ma femme si ma démission allait apporter un peu d’accalmie. Elle m’a répondu : « Cela ne servirait à rien. De toute façon, je viens de donner la mienne ce matin. C’était la seule issue. » Tout à coup, tout le monde était devenu silencieux sur la table. Elle aura mis plusieurs mois pour se remettre de cette épreuve.